OBSESSION
Je suis tombé dans mon cerveau
Convergence
J'aime être vu, entendu, compris, comme tous les terriens. Mais je ne veux pas que mon art s'impose aux gens.
Je veux que mon art soit une rencontre. Je veux que mon art soit un heureux hasard.
C'est ainsi que des gens comme Kanoguti ou Mortis Ghost m'ont touché. Parce que j'ai rencontré leurs créations à des moments charnières de ma vie, et que j'avais besoin d'elles à ce moment précis, ni avant ni après. C'est l'oeuvre du destin.
La nature du destin dépend de la définition que tu lui donnes.
Selon moi, le Destin n'est pas une force magique. C'est simplement une convergence de probabilités. C'est la statistique qui se manifeste physiquement dans ta vie.
C'est la gravité qui t'attire lentement vers d'autres gens, vers certaines oeuvres, ou certaines obsessions, parce que la statistique a décidé que vous vous ressemblez.
Et un jour, par heureux hasard, tu te retrouves exactement là où tu dois être.
Partager le trip
C'est la grande raison d'être de ce site. Je veux inciter des gens à créer, sans honte, sans peur du jugement, dans la sincérité la plus complète qui leur correspond.
C'est vraiment aussi simple que ça. Et si créer pouvait aider des gens autant que ça m'a aidé moi ? Je dois partager l'obsession, à mon humble niveau.
Tu auras remarqué que la qualité de mes publications varie grandement, ça fait partie du jeu. Je partage tout, des dessins complets, soignés et fins, autant que de gros navets laids et crados.
Parce que j'aime sincèrement voir aussi ça chez les autres. Des trucs torchés et spontanés, plein d'énergie primale. Faut pas avoir peur du cringe, faut pas avoir peur de la critique. Faut créer c'est tout.
Faut être une machine à créer. Faut chier de l'art par palettes entières.
Si tu t'arrêtes de créer, et que tu te demandes à quoi ça sert ce que tu fais, tu as déjà perdu.
Une oeuvre n'exige ni analyse, ni recul. Sa seule existence peut déjà émerveiller.
Ci-dessous, une liste de gens dont j'ai senti que la création m'avaient élevé !
Mortis Ghost : D'abord je l'ai découvert via le RPG Off , puis plus tard, je me suis plongé dans le reste de son univers. Je trouve son oeuvre douce, enfantine, parfois perturbante et cruelle, et j'aurai du mal à appuyer sur à quel point il m'a influencé dans ma vision de l'art et dans mon art lui-même.
Kanoguti : Un artiste japonais qui partage tout ce qu'il fait, tout ce qu'il est, toute sa joie aussi bien que toutes ses ténèbres, un modèle absolu de sincérité. Kanoguti a été l'impulsion finale qui m'a conduit à créer ce site eh oui, parce qu'au fond je pense que nos raisons de créer à lui et moi sont assez similaires. La différence c'est que j'avais peur de trop me montrer, au point où je ne me montrais pas du tout. Le regard des autres peut être un drôle de poison parfois mon gros/ma grosse.
Chuck Palahniuk : L'auteur américain de Fight Club, mais qui a nous pondu beaucoup d'autres perles comme Rant ou Survivor. Si la SATIRE devait avoir une tête, ça serait la sienne. Il n'est pas si subtil, mais son style est drôle, violent, créatif et crade. Il m'en faut vraiment pas plus...
Antoine de Sealand : Il bricole des nouvelles, des contes et des romans. Il est l'un des rares auteurs que je connaisse à savoir transmettre la vibe d'un monde onirique, lointain, mythique, intangible. C'est parce qu'il a une vraie obsession du mot juste, je pense, qu'il doit souvent partir piocher dans les confins de la langue française.
Sculpter la tripe
Lorsqu'une image s'impose dans mon cerveau, elle ORDONNE sa création. Comme si elle piratait mon corps pour me forcer à la faire exister. Avec un tel processus créatif, c'est difficile de mettre en place une routine stable pour bricoler un projet long terme. Je suis plus habitué à dessiner mes émotions que de vraies histoires bien construites. Alors il faut ruser, dompter la pulsion, attacher le cerveau à un poteau et le traire.
La cathartie est un moteur puissant de la création sur lequel je pourrais disserter des heures. On fait difficilement plus universel que lui. Les créations les plus puissantes puisent leurs forces de l'émotion. Une émotion qui déborde, qui EXIGE de prendre forme.
Je fais partie de ces artistes qui fonctionnent par l'émotion. Qu'elle soit lumineuse ou sombre, je l'accueille, je la laisse m'habiter. J'écoute ce qu'elle a à me dire. Ca ne donne pas toujours quelque chose de beau, ni même de présentable ou d'intéressant. Mais chez moi l'acte de créer est naturel et obligatoire, au même titre que respirer. Je crée pour libérer de la dopamine dans ma cervelle de singe.
Partager mon art, c'est couiner dans l'espace noir, curieux de voir si d'autres couineurs me répondront. Si personne ne m'entend, je couinerai joyeusement seul dans mon coin.
Aïe aïe aïe l'âne sous toutes ses couleurs et sous toutes ses formes, prend cher à ma place dans mon petit monde de chair et d'amour !!
Ce bourricot est une sorte de poupée vaudou inversée. Ce que je subis il le subit aussi - sous une forme plus symbolique bien sûr. Si je me faisais éventrer tous les jours à sa manière, je ne serais plus de ce monde depuis quelques temps oups.
Nourrir l'Oasis
Je développe un jeu, actuellement. Un point and click narratif qui raconte les aventures de gentils animaux prenant soin de leur Oasis.
Je laisse le jeu grandir de lui-même sous ma supervision distraite. Je n'ai que peu de vision sur ce qu'il deviendra...
Avoir une "vision" est plutôt dangereux pour le créateur. Ca peut aussi bien le porter que l'enfermer dans une cage où il deviendra dingue.
Tant qu'Odd Oasis existe en tant que potentiel, il peut rester une icone cyclopéenne intouchable, endormie au fond de ma cervelle.
Mais si un jour Odd Oasis naît et se retrouve exposé aux yeux du monde, nu, laid et vulnérable, dans toute sa maladresse...
... qu'est-ce qu'il en restera ? Qu'est-ce qu'il reste de l'Oeuvre, une fois qu'elle a quitté le cerveau de son créateur ?
C'est comme quand tu ponds un enfant, même quand il est sorti de toi tu en restes encore un peu responsable.
Je n'ai jamais été doué pour les projets long terme. Je ne suis ni patient, ni discipliné. Mon art est nourri par la pulsion, par le présent. Il ne se dirige nulle part.
Avec Odd Oasis, j'essaye de construire une encyclopédie de mon monde mental. Celui qui apparaît lorsque je ferme les yeux, celui dans lequel évoluent mes pensées.
Peut-être que je le finirai un jour, peut-être que non. Je n'y pense pas.
Je n'ai aucune vision. Je me démerde seulement avec ma faim de créer, et de partager.
Tu trouveras ci-dessous quelques petits croquis liés au jeu.
Peut-être que c'est le jeu qui me développera au final ?
AU final
L'imagination est une prison confortable !
Je te mentirais si je prétendais que je n'ai jamais été tenté de m'allonger sur mon lit pour ne plus jamais vivre ailleurs qu'à l'intérieur de mon cerveau. Je soupçonne tout le monde d'avoir déjà entendu cet appel ! On a tous cette tentation en nous. Cet appel à la FUITE.
Mais cet appel est complètement con parce qu'être un cerveau enfermé dans lui-même va forcément rouiller et se déglinguer. Une dose quotidienne de réalité permet de graisser la machine.
Notre étroit monde des humains est régi par la force brute et par la course au profit. Il est angoissant, froid, souvent injuste. Il crée la peur, la fatigue, la dépression. Les gens deviennent moroses, mesquins, méfiants.
Et on n'est pas grand chose, toi et moi, on se laisse juste porter par les vents en espérant qu'ils nous envoient pas dans un mur.
Si mon art coloré et maladroit peut délivrer un peu d'émotion ici ou là, je serais déjà fier de moi.
A quoi pense Sisyphos, lorsqu'il marche en bas de la montagne pour recommencer son ascension de zéro, poussant son gros caillou tel le bousier pousse sa merde, jour après jour, après jour, après jour ?
La prescription d'Albert Camus, c'était qu'il faut imaginer Sisyphos heureux ; il faut l'imaginer arracher une joie sans consolation à la tristesse de sa tâche.
Ce n'est ni de la résignation, ni du contentement. C'est plutôt une ode à la lucidité.
La lucidité ne soigne pas tout. Elle ne soigne pas la faim, la dépression, la guerre, la misère, la vie sur Terre lorsqu'elle aura trop chaud.
Mais sans lucidité, on passe à côté des rares beautés qui ne mentent pas...
Quand toutes les consolations s'effondrent, que reste-t-il à l'humain ?
En moi, il ne reste qu'un gribouillis laid au crayon sur une feuille déchirée.